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 Ceci n'est pas une lettre

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lhirondelle
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Date d'inscription : 05/04/2013
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MessageSujet: Ceci n'est pas une lettre   Ven 7 Mar 2014 - 22:21

Je me suis demandé où poster ce fil de discussion, mais après tout, la problématique de la foi inclut aussi celle de la crédulité.
C'est l'histoire d'une lettre, celle qu'une novice bosniaque écrit à sa supérieure après avoir été violée lors de la guerre qui fait rage en Yougoslavie, en 1994

Voici le texte

Citation :
Pour la célébration de la 'Journée de la vie', le 1er février, nous offrons à nos lecteurs ce témoignage
bouleversant, même s'il fut déjà publié par ailleurs. (D'une lettre à la Supérieure de sa Congrégation)
"Je suis Lucie Vetruse, une des novices qui ont subi le viol des miliciens serbes. Je vous écris au sujet de
ce qui m'est arrivé, ainsi qu'à mes Soeurs Tartina et Sendria.
Vous me permettrez de ne pas entrer dans les détails. Ce fut une expérience atroce, incommunicable
sinon à Dieu, à la volonté de Qui je me suis remise quand je me suis consacrée à Lui par mes voeux. Mon
drame n'est pas seulement l'humiliation subie en tant que femme, ni le dommage irréparable fait à mon
choix de vie et à ma vocation, mais c'est aussi la difficulté de comprendre dans ma foi un événement qui
entre certainement dans les desseins de Celui que je continue à considérer comme mon Epoux divin.
Peu de jours auparavant j'avais lu le Dialogue des Carmélites de Bernanos et l'idée m'était venue de
demander à Dieu de mourir martyre. Il a écouté mes paroles, mais de quelle manière! Aujourd'hui je me
trouve dans une angoissante obscurité intérieure. Ils ont détruit mon projet de vie, que j'estimais définitif,
et ils en ont tracé un nouveau, que je ne parviens pas encore à déchiffrer.
Quand j'étais adolescente, j'avais écrit sur mon journal personnel. "Je ne possède rien, je n'appartiens à
personne et personne ne m'appartient". Et, au contraire, une nuit que je veux oublier, quelqu'un m'a prise,
m'a volée de moi-même et m'a faite sienne.
Quand je suis revenue à moi, il faisait jour et ma première pensée a été pour l'agonie de Jésus au Jardin
des Oliviers. Une lutte terrible s'est déroulée en moi: d'un côté je me demandais pourquoi Dieu avait
permis que je sois réduite en miettes et détruite, en ce qui était devenu véritablement ma raison de vivre;
et de l'autre quelle était la nouvelle vocation sur le chemin de laquelle Il m'avait adressée. Je me suis
levée, épuisée, et tandis que j'aidais Soeur Joséphine, je me suis préparée. J'entendais la cloche sonner
sexte au monastère des Angoises, proche du nôtre. J'ai tracé sur moi le signe de la Croix et j'ai récité
mentalement l'hymne de la liturgie: "En cette heure, sur le Golgotha, le véritable Agneau pascal, le
Christ, paie le rachat de nos péchés pour le salut...". Qu'était donc ma souffrance, ma Mère, comparée à
celle de Celui auquel j'avais mille fois promis de donner ma vie? J'ai dit lentement: "Que Ta volonté soit
faite, maintenant que je n'ai plus d'autre soutien que la certitude que Toi, Seigneur, Tu es à mes côtés".
Je vous écris, ma Mère, non pour recevoir votre consolation, mais pour que vous m'aidiez à rendre grâce
à Dieu de m'avoir unie aux milliers de nos compatriotes offensés dans leur honneur, et à accepter cette
maternité non désirée... Mon humiliation s'ajoute à celle des autres, et je puis seulement l'offrir en
expiation des péchés commis par les violeurs inconnus et pour la paix entre les deux ethnies en lutte,
acceptant le déshonneur et l'offrant à la pitié de Dieu. Ne m'en veuillez pas si je vous demande de
partager une 'grâce' qui peut sembler absurde. Durant ces derniers mois, j'ai pleuré toutes les larmes de
mon corps pour mes deux frères, assassinés par ceux-là même qui terrorisent et assiègent notre ville. Je
pensais ne jamais pouvoir souffrir davantage et qu'aucune douleur ne pourrait atteindre une telle
intensité.
Chaque jour des centaines de personnes affamées, tremblantes de froid et le désespoir dans leurs yeux,
viennent frapper à la porte de nos couvents. Il y a quelques semaines, une jeune de 18 ans m'avait dit:
"Vous avez de la chance parce que vous avez choisi de vivre dans un lieu où la méchanceté ne peut
entrer" et elle avait ajouté: "Vous ne savez pas ce qu'est le déshonneur". J'avais réfléchi et compris qu'il
s'agissait de la douleur de mon peuple, et j'avais presque éprouvé de la honte de rester en marge de cette
souffrance.
Maintenant je suis une des leurs, une des si nombreuses femmes inconnues de mon peuple, dont le corps
a été réduit en pièces et l'âme saccagée. Le Seigneur m'a fait pénétrer dans le mystère de cette honte, et
de plus - à la Soeur que je suis - il a accordé le privilège de comprendre la force diabolique du mal... Mon
histoire est la leur et ma résignation, soutenue par la foi, pourra servir, sinon d'exemple, du moins de
réconfort à leurs réactions morales et affectives.
Un petit signe, un mot, une aide fraternelle peuvent suffire pour mobiliser l'espérance d'une foule
d'inconnus. Dieu m'a choisie (pardonnez-moi cette présomption), pour guider les personnes humiliées
vers l'aube de la Rédemption et de la liberté. Elles ne pourront pas douter de ma sincérité, de mes
intentions parce que, moi aussi comme elles, je viens des confins de l'abjection...
Tout est passé, ma Mère, mais maintenant tout commence. Quand vous m'avez téléphoné, après m'avoir
dit des paroles de réconfort pour lesquelles je vous serai reconnaissante toute ma vie, vous m'avez
demandé: "Que feras-tu de la vie qui t'a été imposée dans le ventre?" J'ai senti que votre voix tremblait
tandis que vous me faisiez cette demande, (à laquelle il m'a été impossible de répondre de suite, bien que
ce ne soit pas un manque de réflexion sur le choix que je devais faire) parce que vous ne vouliez pas
troubler mes décisions avec d'autres projets. Maintenant, ma résolution est prise: l'enfant sera mien et à
nul autre.
Je pourrais le confier à d'autres personnes, mais il a droit à mon amour de mère, même s'il n'a été ni
désiré ni voulu.On ne peut séparer la plante de ses racines. La semence qui est tombée sur la terre a
besoin de croître où le mystérieux - même s'il fut malfaisant - semeur l'a jetée. Je ne demande rien à ma
Congrégation, qui m'a déjà tout donné. Je remercie mes Soeurs pour leur solidarité et leurs attentions, et
surtout pour ne pas m'avoir fait de demandes indiscrètes.
Je m'en irai avec mon enfant, je ne sais où, mais Dieu qui a permis que soit brisée inopinément ma joie la
plus grande, m'indiquera le chemin à parcourir pour accomplir Sa volonté. Je serai pauvre. Je remettrai
mon vieux tablier et chausserai les sabots dont les femmes se servent les jours de travail et j'irai avec ma
mère recueillir la résine des pins de nos forêts. Je ferai l'impossible pour briser la chaîne de haine qui
détruit nos pays. A l'enfant que j'attends j'enseignerai seulement l'amour. Mon enfant, né de la violence,
témoignera que l'unique grandeur qui fait honneur à un individu, c'est le pardon".

Ce texte paraît dans une revue de jésuites italiens. Il est ensuite traduit, publié, repris par plusieurs quotidiens ... Les catholiques s'émeuvent, on parle de payer le voyage à la malheureuse Lucie pour qu'elle puisse rencontrer le pape et naturellement, on s'enquiert de la congrégation de la petite nonne.

Mais il n'y a pas de petite nonne. Il y a un prêtre italien, écrivain et journaliste qui a composé un texte pour attirer l'opinion sur le sort des femmes de Bosnie. Il a signé ce texte, il l'a proposé pour ce qu'il était, une composition littéraire qui lui a d'ailleurs valu un prix. Le texte a d'abord été photocopié, puis il a été diffusé, sans nom d'auteur ... Et de fil en aiguille, on en est arrivé qu'il s'agissait d'une véritable lettre. Monsignor  Alfredo Contran a fait ce qu'il fallait pour faire cesser la confusion, il a même accordé une interview au Corriere della Sera.Les quotidiens qui l'avaient publiée ont également publié un démenti. Peut-être celui-ci n'était-il pas à la bonne page, ou en caractères assez grands

Eh bien, encore de nos jours, et malgré les démentis, le texte revient régulièrement dans certaines publications, présenté comme un récit authentique. Je l'ai trouvé à trois endroits sur la toile, sous forme de résumé, sous la forme d'un extrait, et sous la forme complète ... sur un site faisant la propagande pour de (fausses) apparitions.

Dans les années nonante, il m'est arrivé de faire connaître l'existence du démenti à des personnes ... qui ne parvenaient pas à me prendre au sérieux. Monsignor Contran est décédé en 2007 et son article lui survit toujours.

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Petit Phils
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MessageSujet: Re: Ceci n'est pas une lettre   Mer 12 Mar 2014 - 23:46

Je comprends que tu nous fasse partager ta frustration alors.. J'essaierai de pas me faire avoir si on m'en parle Very Happy 

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MessageSujet: Re: Ceci n'est pas une lettre   Mar 25 Mar 2014 - 21:01

Ce ne serait pas plutôt pour qu'il y ait un petit rectificatif quelque part sur la toile ?
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